Pour toi, Maman de Noémie, quelques mots de Mireille


Je sais ton chagrin

Je sais que maintenant, le chemin sera long et douloureux, toujours

Je sais que tu vis des jours sans nom, faits de vide


Noémie, ta fille

Une fois je l'ai rencontrée, une fois

En randonnée


Dès le début de la promenade, je l'ai remarquée

Pourquoi?

Sa personne

Sa personnalité

Noémie m'a intriguée

Et j'avais envie de parler avec elle


Mais les jeunes filles, croient les grands-mères, n'ont que faire de la curiosité des autres

Alors je ne lui ai rien dit


Et puis, lors d'une pause

Je remarque  tout haut  une odeur de cigarette


C'était Noémie qui fumait

On a parlé ensemble et je crois qu'elle a perçu ma bienveillance

Fumer, pourquoi pas?

Ce qui m'étonnait, c'est de sentir à quel point une seule fumée est repérée dans la campagne alors qu'en ville rien ne sent plus rien...

Noémie a souri


Elle et moi sommes ainsi devenues amies

Ce jour-là


Son sourire



Après, dans le train du retour, je la voyais de loin

Moi qui ai un petit-fils sourd, je repère les mains qui parlent

Et les siennes voltigeaient, expressives


Jean-Claude m'a encouragée

Vas-y (je ne voulais pas vous déranger  mère et fille, c'est si précieux)

Le temps, le temps est compté

Et parfois nous faisons semblant de ne pas le savoir

Nous n'en tenons pas compte


Jean-Claude m'a vraiment encouragée


Et là

Noémie et moi, nous avons parlé

Avec la voix, avec les yeux, avec les mains

Avec le coeur


Elle m'a épatée

Sa façon de saisir très vite et les mouvements de la langue des signes, et leur sens

Son intérêt pour les sourds

Elle voulait apprendre

Elle voulait...


Nous avons convenu, avec toi aussi, de randonner bientôt ensemble

Pour continuer la découverte


Aussi, je voulais te dire, Déborah

Dans le train de retour, avant que je ne vienne interrompre ta conversation avec ta fille

Noémie s'était blottie contre toi

Vous chuchotiez vos secrets

Puis, elle avait somnolé

Je vous regardais

C'était si joli, on aurait dit une maman chatte et son chaton


Je te serre dans mes bras, Déborah

De tout mon coeur de maman endeuillée

De tout mon coeur


Le Dimanche 4 décembre 2005

De Mireille Nona Mazoyer